Le 28 août 2023, Pékin publie la carte officielle de la Chine en amont du sommet du G20 à New Delhi, les 9 et 10 septembre suivants. L’événement suscite immédiatement une série de condamnations, notamment car les ambitions territoriales chinoises sont réaffirmées avec force, conformément à la « ligne de dix traits » (établie en 1946-1947 par un cartographe du Kuomintang avec neuf traits à l’origine, elle s’est agrandie d’un trait supplémentaire englobant Taïwan). Par ailleurs, la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale (MCM) est revendiquée par cette dernière. Si ces prétentions ont été jugées illégales au regard du droit international, le 12 juillet 2016, par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, elles s’inscrivent dans un contexte dépassant les seules références historiques de la « ligne de neuf traits » ou la simple envie de rendre sa grandeur à la Chine et de laver le « siècle d’humiliation ».
En effet, la MCM est avant tout un carrefour majeur pour les routes commerciales mondiales, par laquelle plusieurs milliers de milliards de dollars de marchandises transitent chaque année. L’économie chinoise reposant encore sur l’exportation, malgré les efforts du parti communiste chinois pour renforcer la consommation intérieure, le contrôle et la sécurisation de cet espace géographique constitue un enjeu majeur. De plus, la zone est riche en ressources : l’Agence internationale de l’énergie estime les réserves de pétrole à plus de 11 milliards de barils et les réserves de gaz naturel à plus de 5 400 milliards de mètres cubes, sans compter les richesses halieutiques.
Ces dernières sont l’objet de tensions récurrentes entre les pays côtiers et la Chine, dont les flottes de pêches et les milices ont tendance à piller les réserves de ses voisins. Ces accrochages réguliers, impliquant aussi bien les Philippines que le Vietnam ou la Malaisie, poussent ces États à renforcer leurs moyens militaires et à occuper et militariser des îlots dans les zones contestées, comme les îles Spratleys, afin de faire face à l’expansion chinoise. Le Japon s’implique également de plus en plus dans la région en vendant des bâtiments militaires aux gardes-côtes vietnamiens et philippins et en multipliant les partenariats bilatéraux.
Par ailleurs, la Chine cherche à accroître son influence dans la MCM pour des raisons militaires. Comme nous l’avons évoqué, le contrôle des voies de communication maritimes est vital pour son économie. La multiplication de bases militaires est aussi un moyen de contester celles des États-Unis dans l’Indopacifique, tout en permettant aux forces chinoises de renforcer leurs capacités d’observation grâce aux radars positionnés sur de petits îlots terraformés. Cette expansion est illégale puisque Pékin s’installe sur des territoires sous la juridiction de Manille ou d’autres pays d’Asie du Sud, sans leur accord.
Enfin, l’enjeu central pour Pékin est de projeter sa puissance navale, conformément à son objectif de devenir une thalassocratie et la première puissance mondiale. Pourtant, malgré sa taille et sa population, Pékin ne dispose d’aucun accès direct au Pacifique, ce qui se révèle problématique pour sa dissuasion nucléaire par exemple. Ses cinq sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et sept d’attaque, basés à Hainan, doivent traverser plusieurs points de passage et détroits en mer de Chine connus de tous, ce qui facilite leur détection. Quant aux États-Unis, ils disposent d’une présence militaire et d’une projection de puissance considérables dans l’Indopacifique. La base d’Okinawa, au Japon, accueille ainsi la 7e flotte et plusieurs dizaines de milliers de soldats américains à elle-seule.
Au-delà des seules problématiques maritimes, tous les pays de la région doivent faire face à l’impérialisme chinois, y compris pour des pays comme le Laos, qui n’ont pas de façade maritime, ou le Myanmar, pourtant éloigné des territoires revendiqués par Pékin. Il apparaît donc pertinent de se pencher sur les différentes stratégies retenues par les États d’Asie du Sud-Est, dictées par leurs marges de manœuvre vis-à-vis de la Chine et des autres puissances capables de contrebalancer son influence.
L’Indonésie entretient une relation complexe avec la Chine. Les deux pays signent un partenariat stratégique en 2005, mais sa mise en œuvre est limitée par les revendications chinoises en MCM. La dépendance indonésienne envers les Occidentaux pour ses armements constitue également un frein, Jakarta cherchant à diversifier ses approvisionnements. En effet, la flotte aérienne indonésienne repose largement sur des appareils occidentaux : à part quelques avions russes (Su-27 et Su-30), on retrouve des F-16 et, dans les années à venir, un total de 42 Rafale, dont les premiers ont déjà été livrés. De nombreuses inconnues subsistent sur le prochain fournisseur afin de compléter la flotte : si une commande supplémentaire de Rafale est possible, elle dépend fortement de la capacité de l’Indonésie à financer un tel achat. Les négociations tournent également autour du KAAN turc et du KF-21 coréen. Une précédente commande indonésienne pour des Su-35 russes en 2015 a été annulée sous les pressions américaines, tandis que le J-10C chinois apparaît comme une option secondaire et que Boeing a confirmé l’abandon de sa campagne en Indonésie pour la vente de F-15EX.
Si un accord a été signé en juin 2025 concernant l’achat de 48 KAAN, un succès majeur pour l’industrie turque et son premier avion national, l’Indonésie temporise les versements depuis le début de l’année 2026, avançant l’International Traffic in Arms Regulations (ITAR) comme raison principale. Il s’agit d’un mécanisme permettant aux États-Unis de bloquer toute exportation d’un armement contenant des composants américains. L’Indonésie avait en partie basé son refus d’acheter des avions américains sur la dépendance qu’une telle commande implique, le pays souhaitant maintenir sa politique de non-alignement. Or, le KAAN, malgré les efforts de l’industrie turque, utilise des composants américains, notamment le moteur General Electric F110.
Si une motorisation nationale est prévue, il s’agit de l’un des éléments les plus difficiles à produire pour un avion, et le développement d’une telle solution nécessiterait plusieurs années. L’autre possibilité est l’avion coréen KF-21, au cœur de tensions diplomatiques entre les deux pays. L’Indonésie est en effet un partenaire associé depuis les années 2010 au développement de l’avion, mais Jakarta a échoué à plusieurs reprises à financer sa participation, accumulant des arriérés de plusieurs centaines de millions de dollars. Celle-ci a finalement été réduite de 20% à 7,5%, et L’Indonésie envisage dorénavant de commander 16 appareils au lieu des 48 prévus à l’origine, le paiement devant être garanti par un prêt de la Banque d’import-export sud-coréenne.
Sur le plan naval, l’Indonésie est là aussi plus proche de l’Occident que de la Chine. Afin de moderniser sa marine, le pays a commandé deux sous-marin Scorpène Evolved à Naval Group ainsi que quatre Arrowhead 140, des frégates de conception britannique, auxquelles s’ajoutent deux Pattugliatori Polivalenti d’Altura, des frégates de la classe Thaon di Revel développée par Fincantieri. Ces achats visent à doter l’Indonésie des moyens pour faire face aux nombreuses incursions de chalutiers et de garde-côtes chinoises dans les eaux nationales, particulièrement durant la seconde moitié des années 2010. Pourtant, dans un souci d’équilibre entre la Chine et les États-Unis, l’Indonésie achète de plus en plus de matériel et de technologies militaires chinois, pour un total d’1,5 milliard de dollars en 2024.
Dans les années 2020, les tensions s’apaisent, Pékin et Jakarta établissant un dialogue sur les questions de défense en 2024, tandis que l’Indonésie rejoint les BRICS en janvier 2025. Elle réalise de nombreux exercices militaires avec des puissances occidentales, à l’image de « Garuda Shield » inauguré en 2007 avec les États-Unis. En 2022, la coopération évolue vers « Super Garuda Shield » avec la participation de troupes venues d’Australie, du Japon et de Singapour ainsi que d’observateurs de neufs autres pays dont la France. L’année suivante, cette dernière et la Grande-Bretagne envoient des participants, tandis qu’en 2024, c’est au tour du Canada, de la Corée du Sud, de la Nouvelle-Zélande et de la Thaïlande, l’Inde envoyant des observateurs.
Le 13 avril 2026, l’Indonésie a également signé un partenariat de défense étendu avec les États-Unis, tandis qu’un autre accord serait en préparation. Ce dernier suscite une polémique car il donnerait aux forces américaines un accès illimité à l’espace aérien indonésien, ce qui créerait une rupture avec la position traditionnelle de non-alignement du pays. Ce développement pourrait s’avérer d’autant plus intéressant que deux auparavant, en 2024, l’Indonésie publiait un communiqué commun avec la Chine laissant entendre que la première reconnaissait la validité des revendications de la seconde en mer de Chine méridionale, avant que Prabowo ne fasse machine arrière, ce qui avait laissé craindre un alignement plus prononcé de l’Indonésie sur la Chine.
Malgré tout, Jakarta poursuit le renforcement de ses relations économiques avec Pékin : en 2022, 21% des exportations indonésiennes sont à destination de la Chine, qui représente 31% des importations indonésiennes. Surtout, l’Indonésie est pleinement intégrée à la Belt and Road Initiative de Xi Jinping dont elle est la première bénéficiaire en Asie du Sud-Est. Signe de l’importance de l’Indonésie aux yeux de la Chine, Jakarta est l’une des deux villes dans lesquelles Xi Jinping lance officiellement la BRI en 2013, l’autre étant Astana, la capitale du Kazakhstan. Par conséquent, la dépendance de l’économie indonésienne à la Chine est structurelle, d’autant plus avec l’approche retenue par l’ancien président de l’Indonésie Jokowi (2014-2024), qui a misé sur les investissements chinois pour développer son pays. Si les conflits territoriaux n’entravent pas cette dynamique, une potentielle escalade pourrait mettre à mal cette stratégie. Le président Prabowo Subianto, en poste depuis octobre 2024, pourrait alors être contraint de choisir entre les liens économiques avec Pékin et la défense des intérêts maritimes de l’Indonésie.
Le Vietnam suit une stratégie d’équilibre similaire, dans la lignée de la « diplomatie du bambou » de l’ancien secrétaire général du parti communiste Nguyen Phu Trong (2011-2024). Si la rapide expansion de l’influence chinoise est perçue comme un problème à Hanoï, la Chine reste un partenaire incontournable. Il y a bien sûr l’aspect économique, la Chine étant le second marché d’exportation pour le Vietnam, mais aussi sécuritaire : les deux pays coopèrent étroitement en matière de police depuis 2008 et la signature d’un partenariat stratégique. Cette coopération s’est poursuivie et s’est renforcée en 2023, date à laquelle « Nguyen Phu Trong a officialisé un programme de formation de cadres entre le PCC et le PCV.
Chaque année, des officiels vietnamiens […] se rendent en Chine pour suivre des formations politiques » (Tréglodé, Benoît de, « Quelle stratégie d’équilibre du Viêt Nam dans le contexte de l’Indo-Pacifique ? », 84). Si Hanoï a soutenu les Philippines lors de la saisie de la Cour d’arbitrage permanent, reconnaissant sa légitimité pour statuer sur les revendications chinoises, le support vietnamien s’est peu à peu effacé. Aujourd’hui, si le Vietnam dénonce toujours les atteintes à son espace maritime et défend sa zone maritime exclusive (ZEE), il le fait de façon plus modérée, et évite d’apporter son soutien à Manille pour ne pas irriter Pékin. Par ailleurs, en avril 2025, le Vietnam et la Chine ont signé 45 accords de coopération portant sur divers sujets (IA, domaine ferroviaire, chaînes d’approvisionnement etc.), à peine quelques jours après la grande offensive tarifaire de l’administration Trump.
En parallèle, le Vietnam est devenu un fournisseur et un producteur clé pour les entreprises américaines, les États-Unis étant le premier marché d’exportation pour le pays, avec 120 milliards de dollars en 2024. Hanoï a d’ailleurs promptement réagi lorsque Washington l’a accusée de faciliter la redirection des flux commerciaux chinois cherchant à éviter la hausse des droits de douanes, en renforçant ses contrôles. Ainsi, les États-Unis apparaissent comme un moyen de réduire la dépendance à l’économie chinoise, le déficit de la balance commerciale vietnamienne avec la Chine ayant atteint 32 milliards de dollars au premier semestre de 2024. Dans le domaine de l’armement, le Vietnam a surtout noué des liens avec des partenaires occidentaux dans le domaine naval : « trois cutters de classe Hamilton américains, quatre patrouilleurs Damen de 2 500 t.p.c. et a commandé six patrouilleurs de 1 500 t.p.c. au Japon » (Langloit, Philippe, « Les flottes paramilitaires, facteur de liberté d’action, 33).
On pourrait résumer la stratégie vietnamienne ainsi : « Vietnam showcases a state that goes to Washington for external security but Beijing for internal security » (Liao, Jessica C. et Myers, Lucas, « Beijing’s Push for a Sino-Centric Asia is Cracking Southeast Asia’s Hedging Game »). Si les États-Unis tentent de renforcer leur coopération militaire avec Hanoï, la Russie reste le fournisseur historique, tandis que la Corée du Sud a remporté un contrat récemment afin de moderniser l’artillerie vietnamienne. Le Vietnam privilégie donc la recherche d’un équilibre : si des liens économiques, politiques et sécuritaires majeurs existent avec la Chine, une trop grande dépendance serait néfaste pour les intérêts du pays, d’autant plus au vu des revendications maritimes chinoises.
La Thaïlande est quant à elle épargnée par ces dernières, bien qu’elle reste un enjeu stratégique pour la Chine du fait de sa position géographique. La relation commerciale et économique est largement asymétrique entre les deux pays : si Pékin est le premier partenaire économique de Bangkok, la balance commerciale est déficitaire pour la Thaïlande, à hauteur d’environ 60 milliards de dollars en 2025. Cette tendance n’a fait que s’accentuer ces dernières années, le déficit étant de 30 milliards de dollars en 2021. Ainsi, en 2022, les États-Unis représentaient respectivement 16% des exportations et seulement 6% des importations thaïlandaises, contre 12% et 23% pour la Chine.
Cette différence majeure, d’autant plus après l’instauration des droits de douanes de l’administration Trump, explique la volonté de Bangkok de diversifier ses partenaires commerciaux, aussi bien dans la région asiatique (Japon, Inde, Corée du Sud etc.) qu’avec l’Union Européenne ou l’Australie. De plus, il existe une certaine forme de méfiance vis-à-vis de la Chine, notamment autour du « piège de la dette » : les défauts de paiement de certains pays partenaires de la Chine, dans le cadre de la BRI, conduisent Pékin à s’arroger le contrôle d’infrastructures importantes comme le port de Hambondota au Sri Lanka, pour une durée de 99 ans, ou Gwadar au Pakistan. Dès lors, si la Thaïlande s’est très tôt montrée favorable à la BRI, sa participation effective reste modérée.
Cette volonté de diversifier les partenariats afin de ne pas être excessivement dépendant d’une puissance se retrouve dans le domaine militaire. Les États-Unis restent de loin le partenaire principal, aussi bien pour le matériel que pour les exercices bilatéraux : entre 2003 et 2022, on n’en compte pas moins de 67 contre seulement 12 avec la Chine. La tendance évolue cependant depuis le coup d’État de 2014, notamment avec « Blue Strike » dans le domaine naval. La Chine est ainsi devenue le premier fournisseur d’armes en valeur absolue entre 2016 et 2022 devant les États-Unis. Pour entamer la modernisation de sa flotte aérienne, c’est vers la Suède que s’est tournée Bangkok, avec une commande de plusieurs Gripen E/F, tandis qu’un programme pour acheter des frégates modernes est toujours en cours. Dans le domaine sécuritaire, la Thaïlande renforce sa coopération avec la Chine, autorisant même des patrouilles de police sino-thaïlandaises en 2023, tout en extradant des Ouïghours.
Enfin, les Philippines entretiennent une relation plus conflictuelle avec Pékin, notamment à cause d’un nombre d’incidents particulièrement élevé. Ainsi, le 26 août 2024, deux unités philippines procédant au ravitaillement de forces présentes dans les bancs Second Thomas et Sabina ont fait face à quarante navires chinois, dont trois bâtiments de guerre. Un an auparavant, en octobre 2023, là aussi près du banc Second Thomas, deux navires philippins sont éperonnés par des homologues chinois, une pratique récurrente ces dernières années. Comme d’habitude, la Chine ne recule pas dans ce genre de confrontation et use pleinement de sa puissance militaire et paramilitaire pour mettre la pression sur ses voisins.
En conséquence, Manille multiplie les rapprochements avec les puissances occidentales : l’Enhanced defense cooperation agreement (EDCA) a été réactivé par les États-Unis et neuf bases militaires aux Philippines sont en cours de renforcement, la présence américaine devenant permanente. Cependant, Manille a pris soin de préciser que les sites militaires inclus dans l’EDCA n’avaient pas vocation à être utilisés de façon offensive, une manière de signifier à Washington que les Philippines ne seraient pas automatiquement partie prenante lors d’un éventuel conflit autour de Taïwan. En parallèle, les deux pays signent l’Accord de sécurité générale et de renseignements militaires (GSOMIA) en novembre 2024.
L’exercice « Balikatan », qui s’inscrit dans le partenariat entre Washington et Manille, réunit plus de 17 000 militaires pour son édition 2026 entamée le 20 avril. Fait nouveau, le Japon envoie cette fois-ci 1 400 militaires, soit presque dix fois plus que l’année dernière, aux côtés de contingents américains, français, australiens, canadiens et néo-zélandais. Sans surprise, Pékin perçoit ce type de démonstration de force comme une menace pour ses intérêts et sa sécurité, et a menacé en conséquence les Philippines de suspendre son aide énergétique et certains projets en réaction. Malgré tout, comme pour d’autres pays, les tensions n’empêchent pas la Chine d’être le principal partenaire économique et commercial des Philippines en 2023. La balance commerciale est largement déficitaire pour Manille, avec 52,4 milliards de dollars d’importations contre 10,65 milliards de dollars exportés.
La participation de Manille à la BRI apparaît quant à elle contrastée : rejoignant le projet de Xi Jinping en 2018 sous la présidence de Duterte, dans le cadre d’un rapprochement avec la Chine et la Russie, les Philippines le quittent en 2023, mettant fin à plusieurs projets d’infrastructures entamés au profit d’entreprises japonaises et occidentales. La principale raison avancée est que Pékin a promis des investissements colossaux (environ 24 milliards de dollars lors du mandat de Duterte) dans des projets qui n’ont jamais abouti, en échange de concessions en MCM. Ferdinand Marcos Jr, le successeur de Duterte, privilégie dorénavant les partenaires occidentaux (notamment le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis) pour les investissements. Cependant, les Philippines, comme les trois autres pays évoqués, sont des puissances majeures en Asie du Sud-Est aux marges de manœuvre plus importantes que celles de pays plus faibles.
Le Cambodge entretient des liens diplomatiques, économiques, culturels et militaires vieux de plusieurs décennies. Il a également bénéficié d’investissements chinois massifs, à l’image de la base navale de Ream. Cette dernière, dont la rénovation a été en partie financée par des moyens chinois, a suscité des craintes parmi les autres puissances d’Asie du Sud-Est et à Washington. En effet, ce port, ainsi qu’une base aérienne à proximité, tous deux accessibles aux forces chinoises, leur offrent un accès privilégié au golfe de Thaïlande. L’inauguration de la base de Ream permet ainsi à Pékin de résoudre en partie le « dilemme de Malacca ».
Il s’agit de la dépendance structurelle du pays à l’égard de ce détroit par lequel transite près des ¾ de ses importations de pétrole. Le développement des groupes aéronavals, l’essor de la portée des avions ainsi que l’accès à des bases éloignées permettent dorénavant à la Chine d’accroître sa projection de puissance dans la région, et de pouvoir au besoin intervenir plus facilement dans le détroit de Malacca pour y défendre ses intérêts le cas échéant. Les deux pays organisent également des exercices militaires bilatéraux, à l’image de « Dragon d’or ».
Le Laos constitue quant à lui un cas d’école du « piège de la dette » : la Chine possède à elle seule environ la moitié de la dette extérieure laotienne, soit environ 5 milliards de dollars, qui peine à être remboursée. Et pour cause, plus de la moitié des revenus domestiques de l’État servent à payer les intérêts. Cette dépendance structurelle est causée par la participation du Laos à la BRI : malgré un PIB d’environ seulement 19 milliards de dollars en 2026, le Laos a, entre autres investissements, souscrit pour des financements chinois à hauteur de 6 milliards de dollars, dans le cadre de la construction de la ligne Boten-Vientiane (achevée en 2021), tandis que le pays a reçu 3,5 milliards d’investissements chinois rien qu’en 2024.
La dépréciation massive du kip par rapport au dollar, à la suite de l’invasion de l’Ukraine, des emprunts massifs supérieurs à la capacité réelle du pays à les rembourser, des projets d’infrastructures coûteux, un contexte international défavorable et de mauvaises décisions économiques sont autant de facteurs ayant mené le Laos au bord de la banqueroute et au défaut de paiement. En conséquence, Pékin a racheté une partie de la dette en échange de la mise sous tutelle du réseau énergétique du Laos par des entreprises chinoises, tandis que l’économie laotienne dépend quasi totalement du bon vouloir de Pékin pour l’étalement du paiement des dettes.
Le Myanmar suit lui aussi une trajectoire de dépendance à l’égard de la Chine. D’une part, le pays occupe une place stratégique incontournable pour Pékin, car il permet de contourner le détroit de Malacca, et donc de réduire les vulnérabilités liées à une zone de passage pouvant être bloquée, à l’image du détroit d’Ormuz. La Chine a donc pleinement intégré le Myanmar dans la BRI ou pour ses investissements bilatéraux dans des projets d’ampleur. C’est notamment le cas du China-Myanmar Economic Corridor (CMEC) inauguré en septembre 2018, et qui vise à relier Kunming (la capitale de la province du Yunnan) à Yangon (ancienne Rangoun) et au port en eau profonde de Kyaukpyu, situé sur la façade est du golfe du Bengale. Un oléoduc reliant Kunming à Kyaukphyu pour 1,5 milliard de dollars a été mis en service en 2017, et permet à la Chine d’importer 22 millions de barils de pétrole par an.
Si le coup d’État de la junte militaire en 2021 et la guerre civile qui s’en est ensuivie ralentissent certains projets économiques, ils ont aussi contribué à accélérer le rapprochement avec la Chine. Marginalisée à l’international et sous le coup de sanctions, la junte militaire bénéficie des investissements économiques de Pékin, mais aussi de ses armes (il faut néanmoins préciser que les opposants de la junte militaire ont aussi reçu des armes, Pékin fournissant chaque camp) et de son aide logistique et diplomatique. La Chine profite donc du contexte pour asseoir sa domination économique et politique sur le Myanmar : elle représente environ la moitié des investissements étrangers dans le pays en 2024.
Singapour, quant à elle, tente de maintenir une voie équilibrée entre les deux superpuissances mondiales. Proche culturellement de la Chine (adoption des caractères simplifiés, majorité de citoyens d’origine chinoise, liens historiques etc.), la cité-État joue un rôle actif dans la BRI et est fortement liée à la Chine sur le plan économique, qui est son premier partenaire commercial. La cité-État sert aussi d’intermédiaire entre les investissements chinois et leurs destinataires asiatiques. Afin d’équilibrer cette dépendance, Singapour se fournit principalement auprès des Occidentaux pour son armement. Si les États-Unis vendent la plupart des avions utilisés (F-15, F-16 et F-35), la France a également bénéficié des commandes singapouriennes durant les vingt dernières années (frégates, missiles, hélicoptères etc.).
La cité-État est cependant bien plus contrainte que ses voisins du fait de sa géographie. Du fait de son absence de profondeur stratégique, elle est en effet obligée d’entraîner son armée à l’étranger, y compris en France, qui accueille un escadron singapourien à Cazaux en Gironde depuis 1998. Les partenariats avec les États-Unis sont également multiples, que ce soit avec des exercices militaires conjoints (« Pacific Griffin », « Valiant Mark » et surtout SEA-CAT, Southeast Asia cooperation and training, avec l’US Navy par exemple) ou le stationnement d’unités américaines à Singapour, à l’instar du 497th Combat Training Squadron de l’US Air Force sur la base aérienne de Paya Leber. Pour compenser ces limites structurelles, Singapour a donc misé sur la diplomatie, à l’image du Qatar ou du sultanat d’Oman, en se forgeant le statut d’intermédiaire fiable entre le monde occidental et le monde asiatique. Singapour soutient sans surprise le multilatéralisme, notamment au sein de l’Association of Southeast Asian Nations dont elle est un membre fondateur, ou via le Shangri-La Dialogue qu’elle héberge.
Ce schéma récurrent, dans lequel la Chine domine la relation économique et les États-Unis (ou l’Occident de façon plus large) l’aspect militaire ou sécuritaire, est le miroir de l’image que renvoient ces deux pays. La Chine reste perçue comme une puissance économique de premier plan, capable de fournir des investissements se comptant en milliards de dollars dans les infrastructures des divers pays d’Asie du Sud-Est, via la BRI ou des accords bilatéraux. Cependant, les revendications territoriales chinoises, et son attitude prédatrice (aussi bien dans l’annexion de fait de territoires que dans l’exploitation illégale des ressources halieutiques par exemple), empêchent le pays d’être considéré comme un partenaire réellement fiable.
De fait, la Chine exploite le moindre avantage lui permettant de défendre son ambition de redevenir la première puissance mondiale : « La Chine ne cherche pas non plus à établir des alliances autres que de circonstance – et encore, sous réserve d’être en position de domination – comme c’est le cas avec la Russie et la Corée du Nord. En matière de droit international, Pékin n’y adhère que tant qu’il favorise ses intérêts. C’est en particulier le cas de la convention de Montego Bay sur le droit de la mer » (Eudeline, Hugues, « Mer de Chine méridionale : vers une aggravation des tensions avec la thalassocratie chinoise », 52-53).
Même si les États-Unis peinent à incarner une puissance stable ayant une stratégie lisible pour ses partenaires d’Asie du Sud-Est, aussi bien sous l’administration Biden que sous celle de Trump II, leur « monopole de la connaissance du domaine maritime se révèle être un enjeu décisif face à l’incessant et hybride grignotage chinois » (Frécon, Éric, « Indonésie, Malaisie et Singapour : balancement dans l’estran géopolitique entre Chine et États-Unis », 81). Selon le recensement d’Éric Frécon, entre 2003 et 2022, les États-Unis ont réalisé 110 exercices militaires avec l’Indonésie, 71 avec Singapour et 55 avec la Malaisie, contre respectivement 4, 5 et 7 pour la Chine. Les exercices en partenariat avec la Chine apparaissent donc comme un levier diplomatique pour certaines puissances de la région, afin de mettre en scène leur recherche d’un équilibre ne cherchant ni à favoriser Pékin ni Washington, sans pour autant chercher à nouer une relation forte dans le domaine militaire.
Les États-Unis incarnent ainsi un contrepoids bienvenu, considérant eux aussi la Chine comme la principale menace pour leur statut de première puissance. À cela s’ajoutent la capacité et la volonté politique des États-Unis de déployer des milliers de soldats et des moyens militaires considérables à l’étranger, ce que ne souhaite ou ne peut pas (encore) la Chine. La présence chinoise à Djibouti, l’une des rares en dehors de l’Asie, reste marginale et dérisoire comparée à celle américaine ou occidentale. C’est d’ailleurs pour cette raison que les pays du Golfe restent dépendants de la protection militaire américaine, pour le meilleur et pour le pire.
Ainsi, malgré des rapprochements avec la Chine (l’Arabie Saoudite a par exemple tenté de renouer une relation diplomatique avec l’Iran en 2023 via l’intermédiaire de Pékin), celle-ci reste incapable de fournir des garanties militaires et sécuritaires crédible. De plus, la qualité réelle des équipements militaires chinois est encore sujet à débat : ils n’ont semblent-ils pas briller particulièrement au Pakistan lors de l’opération Sindoor, au Vénézuéla (même si l’état de préparation des forces vénézuéliennes et la probable complaisance d’une partie de l’appareil d’État ont été les facteurs déterminants dans la réussite totale américaine) ou encore en Iran.
Par ailleurs, la Chine s’appuie sur le hard power plutôt que le soft power lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts. Il y a bien sûr le piège de la dette précédemment évoqué : s’il ne constitue pas un objectif final en soi, il est la conséquence de la politique de l’État et des acteurs chinois, qui jouent sciemment sur leur capacité à prêter sans être regardant sur la situation de leurs débiteurs mais en imposant des taux d’intérêts élevés, tout en sachant pertinemment qu’ils récupéreront leurs gains d’une façon ou d’une autre. Pékin a également recours à la coercition et arsenalise les dépendances que le monde entretient avec elle, comme nous l’avons vu avec les Philippines.
C’est particulièrement le cas avec les terres rares : si ces dernières sont en réalité plutôt communes malgré leur nom, la Chine domine à quasiment 100 % le raffinement de cette ressource. Lors de l’instauration des droits de douanes par l’administration américaine en avril 2025, Pékin a réagi en instaurant des contrôles à l’exportation, demandant aux entreprises étrangères d’obtenir des licences validées par l’État chinois. La logique est la même lors de la hausse des tensions avec le Japon : en janvier 2026, après que la première ministre Takaichi ait assuré qu’une invasion de Taïwan toucherait aux intérêts vitaux du Japon et conduirait à son implication militaire, Xi Jinping a réagi en imposant des restrictions à l’importation des terres rares tout en incitant les ressortissants chinois à éviter de se rendre au Japon, ce qui a impacté le tourisme local. Puisqu’aucun pays ne peut engager un rapport de force en solitaire avec la Chine, même les États-Unis de Trump n’ayant pas fait capituler Pékin sur le terrain commercial, le recours à la coopération internationale est inévitable.
De fait, le rapport de force avec les pays d’Asie du Sud-Est dans le domaine naval est sans conteste à l’avantage de la Chine : selon le recensement effectué par Hugues Eudeline (id., “Mer de Chine méridionale…”, art. cit., 54), la Chine a en service 60 sous-marins, 72 corvettes et 49 frégates. Si l’on additionne les forces navales de l’Indonésie, de la Malaisie, des Philippines, de Singapour et de la Thaïlande, on compte 13 sous-marins, 33 corvettes (en incluant des OPV) et 24 frégates, le rapport de force s’aggravant à l’horizon 2030-2035. Selon le 24ème rapport annuel américain sur les forces militaires chinoises, Pékin possède une marine forte de 395 navires et sous-marins en 2025, puis 435 d’ici 2030.
Bien évidemment, ces pays ne seraient vraisemblablement pas seuls en cas de guerre : aux forces américaines pourraient s’ajouter celles du Japon, de l’Australie voire de l’Inde et de pays occidentaux présents en Asie, comme la France ou le Royaume-Uni. Les coopérations internationales offrent précisément cette capacité de rééquilibrage des forces en présence et de dissuasion à l’égard de la Chine, même si cette dernière a l’avantage de pouvoir concentrer la quasi-totalité de ses moyens militaires en MCM si besoin, là où des acteurs comme la France ou les États-Unis ne pourraient déployer qu’une partie de leurs forces.
Historiquement, l’ASEAN repose sur l’opposition au communisme et donc à la Chine, qui en était l’une des principales promotrices dans la région. Fondée en 1967, l’organisation regroupe aujourd’hui onze pays : l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, qui sont ses membres fondateurs, ainsi que le Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie, le Cambodge et le Timor oriental. L’aspect idéologique de lutte contre le communisme a laissé place à la promotion de la coopération économique et culturelle en Asie du Sud-Est. De fait, l’ASEAN est aujourd’hui très prudente à l’égard de Pékin : ses membres condamnent rarement la politique chinoise de plus en plus agressive à l’égard de certains pays comme les Philippines. En 2016, aucun communiqué commun n’a pu être établi à la suite de la décision de la Cour permanente d’arbitrage invalidant les prétentions territoriales chinoises en MCM, notamment car le Cambodge a bloqué tout consensus.
L’ASEAN est aussi limitée par ses tensions internes causées par les rivalités entre ses membres, phénomène que l’on retrouve avec les BRICS. Ainsi, si l’Indonésie est le leader informel de l’organisation dont le siège est à Jakarta, la Thaïlande et le Cambodge sont presque en situation de guerre ouverte depuis 2025 et la mort de plusieurs soldats de part et d’autre dans des conflits frontaliers. En parallèle, la Chine préfère largement les négociations bilatérales pour éviter de faire face à un front uni qui limiterait ses moyens de pression. Pékin exploite ainsi habilement les divisions qui peuvent exister en Asie du Sud-Est et les vulnérabilités propres à chaque pays. Si le Myanmar est aussi dépendant de la Chine, c’est principalement à cause de la guerre civile et des sanctions internationales, faisant de Pékin un soutien aussi inévitable que vital pour la junte militaire. L’ASEAN tente malgré tout d’affirmer son autonomie, sans grand succès : un exercice naval en septembre 2023 n’a réuni que le Brunei, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour.
La Chine privilégie également les relations bilatérales dans le cadre d’une stratégie de déni d’accès diplomatique. L’enjeu est de paralyser le déploiement des forces américaines ou occidentales dans la région, en faisant pression sur leurs alliés asiatiques afin qu’ils refusent l’accès à leurs bases aériennes, navales ou terrestres. Ce type de manœuvre pourrait s’avérer redoutable : nous l’avons vu, les Philippines renforcent leur coopération avec les États-Unis tout en étant ambigüe sur leur réaction en cas de conflit autour de Taïwan. Si Manille venait à faire valoir sa neutralité et à refuser l’usage de ses bases à Washington, à l’image de ce qu’a pu faire l’Espagne durant la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis, la stratégie américaine s’en trouverait impactée.
Malgré sa position dominante, Washington reste tributaire des choix politiques de ses alliés, parfois pour le « meilleur » comme avec le Japon, la première ministre Takaichi ayant explicitement lié les intérêts vitaux du pays au sort de Taïwan. À l’inverse, le positionnement d’un allié comme la Corée du Sud, où sont postés en permanence plus de 30 000 soldats américains, est incertain : la menace prioritaire pour Séoul reste la Corée du Nord, et le refus de s’aliéner le voisin chinois pourrait avoir des conséquences. Cette vulnérabilité est d’autant plus importante que la présence militaire étrangère requiert l’assentiment de la population locale. Dans une époque où les fake news et les manipulations prolifèrent sur les réseaux sociaux, le danger est d’autant plus grand de voir des gouvernements sous pression décider de refuser l’accès à leurs bases.
En dehors des États-Unis et des puissances occidentales comme le Japon ou l’Australie, l’Inde apparaît comme un contrepoids efficace à l’hégémonie chinoise en Asie du Sud-Est. New Delhi se conçoit en effet comme la principale rivale de Pékin dans la région, tout en étant membre du Forum régional de l’ASEAN et du Forum maritime étendu de l’ASEAN. L’Inde renforce également ses capacités maritimes (on peut, entre autres, citer la commande de six sous-marins Scorpène et vingt-six Rafale M à la France, alors même que Naval Group a récemment proposé trois Scorpène supplémentaires à l’Inde, tandis que la Marine indienne se montre favorable à une commande supplémentaire de plusieurs dizaines de Rafale M), tout en renforçant ses partenariats militaires.
La mer d’Andaman, bordant principalement les côtes du Myanmar et de la Thaïlande, est l’objet d’une attention particulière, avec les manœuvres navales « Milan ». En 2022, ces dernières ont impliqué 42 pays dont la France, mais aussi des partenaires du Golfe ou des pays proches de la Chine comme le Myanmar ou le Vietnam. L’Inde organise également de nombreux exercices bilatéraux ou multilatéraux avec des pays d’Asie du Sud-Est : « Samudra Laksmana » avec la Malaisie, « CORPAT » avec la Thaïlande, « SIMBEX » avec Singapour, « Samudra Shakti » avec l’Indonésie ou encore « SITMEX » avec la Thaïlande et Singapour. Il s’agit d’autant d’occasion pour New Delhi comme une puissance stabilisatrice, désireuse de défendre la liberté de circulation maritime dans la région.
Enfin, la France joue un rôle dans la zone, notamment grâce à son statut unique. En effet, elle est le premier pays européen à adopter une stratégie pour l’Indopacifique en 2019, deux millions de ressortissants résidant dans cette région du monde, qui concentre également 91 % de la zone économique exclusive française. Le discours de la France repose sur l’idée de la « troisième voie » et le refus d’adhérer à la logique de blocs condamnés à s’affronter. L’autre pilier de la diplomatie de Paris repose sur le respect du droit international, des traités et de la libre circulation maritime.
Paris maintient également une présence militaire importante avec un total de 12 navires et 40 aéronefs déployés en permanence dans l’Indopacifique, ainsi que plusieurs milliers de personnels, répartis entre les Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI, environ 2000 civils et militaires), les Forces armées de Nouvelle-Calédonie (FANC, 1650 civils et militaires) et les Forces armées en Polynésie française (FAPF, 1200 civils et militaires). Si ces Forces ne disposent pas nécessairement de moyens modernes (les frégates de classe Floréal, datant des années 1990, ne devraient être remplacées qu’à l’horizon 2030 par exemple), elles sont complétées par les ressources militaires déployées dans le cadre d’exercices militaires, partout dans l’Indopacifique.
En 2025, Paris a projeté le groupe aéronaval (GAN) et des moyens militaires considérables dans le cadre d’une série de déploiements. Le premier est « La Pérouse », avec plusieurs partenaires occidentaux (Canada, Australie, Royaume-Uni, États-Unis) mais aussi asiatiques (Malaisie, Singapour, Inde et Indonésie), visant à entraîner les différentes marines aux enjeux de sécurité maritime dans les détroits de Malacca, de la Sonde et de Lombok. Le Charles de Gaulle a également fait escale aux Philippines dans le cadre du renforcement de la coopération militaire entre Paris et Manille.
La France a également participé à l’exercice Talisman Sabre organisé par l’Australie et réunissant plusieurs dizaines de milliers de militaires, envoyant pour l’occasion un état-major de brigade et des forces issues de la Nouvelle-Calédonie et de Tahiti. L’objectif de ces multiples déploiements, ceux évoqués n’en constituant qu’ une partie, est de renforcer notre crédibilité et de montrer la présence française dans la région, pourtant éloignée de plusieurs milliers de kilomètres de la métropole.
Charles Beyvin, analyste au sein de la Commission de défense navale de de l’INAS
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