Coordination maritime dans la lutte contre le narcotrafic en mer des Caraïbes

Alors que la lutte contre le narcotrafic, notamment la cocaïne, est devenue un enjeu international, la France, à travers ses territoires ultramarins, est directement impactée. Pour faire face à cet enjeu, la France s’est doté d’une législation spécifique (loi du 13 juin 2025), visant à faire la sortir du piège du narcotrafic en intégrant des dispositions (saisie des comptes bancaires offshore, saisie des navires, des biens immobiliers et des fonds de commerce) sur le blanchiment de l’argent issu de ce trafic, et en intensifiant les capacités de renseignement administratif (informateurs, écoutes téléphoniques, surveillance et filatures).

Cette loi s’est particulièrement adressée aux Antilles françaises et à la Guyane française, qui jouissent d’une place prédominante dans le narcotrafic. En effet, les Antilles françaises sont devenues une première porte d’entrée pour le trafic de stupéfiants depuis les zones de production de l’Amérique latine, puisque les grands ports maritime de la Guadeloupe et de la Martinique faisant partie des plus imposantes infrastructures portuaires de la région. Des moyens spéciaux ont déjà été mis en œuvre par les narco-trafiquants, comme des “narco-sub” ou narco sous-marin, qui ont parfois été interceptés. Le dernier cas date du 26 janvier 2026 au large du Portugal avec 9 tonnes de cocaïne destinées au Pays-Bas et en partance des côtes occidentales d’Afrique après un transbordement par conteneur maritime depuis l’Amérique du Sud. De nouvelles routes maritimes sont également apparues, avec une tentative de diversion avec un départ depuis les Antilles françaises ou néerlandaises puis par une escale en Afrique occidentale avant un transbordement vers les grands ports maritimes d’Europe occidentale.

Ces évolutions constantes révèlent une grande capacité d’adaptation de la part des narco-trafiquants, qui ont étendu leur influence dans les Etats limitrophes des pays historiquement producteurs de la feuille de coca, tels que la Colombie, le Pérou et la Bolivie. Par ailleurs, au Venezuela et au Honduras, l’implantation d’organisations criminelles a conduit au développement d’activités de transformation de la feuille de coca en cocaïne et à l’exportation illégale de ces stupéfiants à travers leurs frontières maritimes et terrestres. Le Honduras a notamment subi la politique intérieure de l’ancien président Juan Orlando Hernandez de 2014 à 2022, classant son pays sous le régime de celui d’un narco-Etat. Il a été condamné à une peine d’emprisonnement de 45 ans après avoir permis l’exportation de quelque 400 tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis durant cette période. Les pays producteurs de coca et les pays transformateurs de la cocaïne ont été rejoints par le Brésil et dans une moindre mesure l’Equateur, non pas comme pays producteur, mais comme principal pays exportateur grâce à une criminalité organisée très implantée sur le port de Santos, au sud du pays. Le Brésil s’impose donc comme un coordinateur de logistique entre les producteurs et les importateurs, pour une consommation de la cocaïne principalement constatée en Europe et en Amérique du Nord. Outre ce phénomène émergent, le franchissement des frontières maritimes en mer des Caraïbes est facilité par l’absence de contrôle étatique des Etats insulaires indépendants, mais aussi par la multiplication des-dites frontières entre chaque île. Pour mémoire, les Caraïbes regroupent plus de 700 îles, îlots et récifs à travers les grandes Antilles et les Petites Antilles.

Sur l’ensemble du continent américain, seuls les Etats-Unis ont les capacités d’une grande puissance régionale, à la fois parce qu’ils bordent la mer des Caraïbes par son territoire continental au nord-est (golfe du Mexique), mais aussi parce que des territoires autonomes sont présents parmi les îles des Antilles (Porto Rico et îles Vierges américaines, ainsi que par la présence de la base militaire de Guantánamo).

A l’instar des Etats-Unis, des Etats européens disposent également de territoires dans cette partie du globe. Il s’agit de la France (Guadeloupe, Martinique, Saint Martin, Saint Barthélémy), le Royaume-Uni (îles Vierges britanniques, Anguilla, Turks and Caïcos, Caïmans, Montserrat) et les Pays-Bas (Aruba, Sint Maarten, Curaçao, Bonaire/Saba/Eustache). L’île de Curaçao a la particularité d’être située à seulement 65 kilomètres des côtes vénézuéliennes et d’être le centre névralgique et opérationnel du commandement des forces militaires des Pays-Bas dans les Antilles néerlandaises, par la présence d’une base navale et l’affectation d’environ 1000 militaires sur ce territoire. La base aérienne implantée sur cette île accueille également des moyens militaires des Etats-unis déployés spécifiquement dans la lutte contre le narcotrafic. Les garde-côtes américains et des moyens aériens de renseignement (avion d’observation et drones de renseignement) sont l’essentiel des capacités déployées par les Etats-Unis sur ce territoire néerlandais. Ces moyens sont complétés par les garde-côtes néerlandais, qui sont le pendant de la gendarmerie maritime française, prouvant ainsi leur implication dans la lutte contre le narcotrafic.

Certains pays riverains de la mer des Caraïbes possèdent également des îles dans cette mer.
Ce constat démontre la nécessité d’une coordination entre les services étatiques compétents en mer dans la lutte contre le narcotrafic en mer des Caraïbes (Marine nationale, gendarmerie maritime, Douane maritime, Affaires maritimes…). En effet, malgré la création de la « fonction garde-côtes » en France, la coordination entre les différents acteurs de l’Etat reste sujet à un volontarisme et aux problématiques budgétaires des ministères de tutelle qui sont multiples (ministère des Armées, ministère des Outremers, ministère de l’équipement, ministère de l’intérieur).

Multiplication des acteurs étatiques et souveraineté européenne dans les espaces maritimes ultramarins à risque

La fonction garde-côtes a été initiée en France pour réunir sous un même commandement fonctionnel les différents acteurs de l’action de l’Etat en mer. A l’instar de ce qu’il existe dans d’autres Etats côtiers, la fonction garde-côtes peut prendre plusieurs formats mais est toujours chargée des mêmes missions. Les missions essentielles des gardes-côtes sont la lutte contre les trafics (armes, stupéfiants, êtres humains), la sécurité civile en mer (recherche et sauvetage), et les aides à la navigations (phares et balises, brises-glaces dans certains pays).

Il s’agit de l’action civile de l’Etat en mer, articulée en France par les préfets maritimes, militaires de la Marine nationale en charge de certaines missions civiles (contrôle de police administrative et coordination des sauvetage notamment) pour les trois préfectures maritimes de l’Hexagone. Ces missions sont généralement dévolues à une structure militaire dans les territoires ultramarins, compte tenu des moyens étatiques engagés qui demeurent plus modestes ou spécifiquement dévolues à la Marine nationale.

En France, ces missions étaient historiquement dévolues à des administrations différentes, selon l’action et la zone maritime concernée. Les préfets maritimes et la Marine nationale étaient les chefs de file de ce concept segmenté :

  • la Marine nationale en haute-mer et dans les zones économiques exclusives (ZEE), pour la lutte contre les trafic et sur les côtes pour l’aide à la navigation ;
  • la Gendarmerie maritime dans les mers territoriales et les grands ports maritimes, pour la lutte contre les trafic, la police des pêches et la police administrative de conformité à la navigation ;
  • la Gendarmerie départementale avec ses unités nautiques pour les eaux intérieures et les voies navigables, pour la police judiciaire et administrative ;
  • la Douane maritime, pour les droits indirects et le contrôle des flux de marchandises, ainsi que par l’appui de la Direction nationale du renseignement des enquêtes douanières (DNRED) pour la capacité de renseignements financiers et douaniers, ainsi qu’avec le service de Traitement des renseignements et action contre les circuits financiers clandestin (TRAFIN);
  • les Affaires maritimes dans les eaux territoriales et les eaux intérieures pour la police administrative et la conformité à la navigation ;
  • le service des phares et balises, pour l’aide à la navigation.
 

Malgré une volonté de regroupement de ces différents acteurs, la Marine nationale et les préfets maritimes se sont vus retirer de la fonction garde-côtes lors de la création de l’action de l’Etat en mer, institutée comme structure civile sous l’autorité du Premier ministre. Le Secrétariat général à la mer (SGMer) est le pilote de cette mission garde-côtes. La démarche de regroupement de la fonction garde-côtes n’étant pas abouti, au sens où toutes les administrations concernées ne sont pas sous la tutelle d’un même ministère, la coordination entre ces acteurs reste limitée à la bonne volonté de chacun d’eux (sauf opération de contrôle ou d’interception coordonnée pour l’occasion) .

 

Par comparaison, aux Etats-Unis, les garde-côtes sont des militaires de temps de paix avec une flotte civile placée sous commandement militaire en temps de guerre. En effet, aux Etats-Unis les garde-côtes sont unifiés dans une seule structure et ont le statut militaire. En France, nous avons déjà pu constater que les administrations sont encore dépendantes de leur ministère de tutelle.

Au niveau européen, plusieurs agences s’organisent autour des sujets de protection et de surveillance en mer. L’agence européenne FRONTEX à la charge principale de la mission garde-côtes et garde-frontières, alors que l’agence européenne EMSA organise la sécurité maritime (secours à personnes et navires en péril, gestion des catastrophes environnementales en mer) et enfin l’agence européenne EFCA chargée de la police des pêches en mer). Ces trois agences européennes appuient les autorités nationales des Etats membres par la mise à disposition de moyens humains, de capacité de renseignement, et de coordination des actions entre Etats. Ces coopérations policières et douanières au niveau de l’Union européenne ont bénéficié d’une adaptation dans les territoires insulaires présents dans les Antilles françaises et néerlandaises notamment.

 

Alors que les pays européens subsistent dans les Antilles à travers trois Etats trois états (France, Royaume-Uni et Pays-Bas) restent alliés aux Etats-Unis qui ont de nombreuses possessions dans la mer des Caraïbes. Malgré cela, la France et le Royaume-Uni conservent d’autres territoires ultramarins en proche périphérie des Antilles (Bermudes, Guyane française, île de Clipperton). Ce morcellement des territoires avec une alternance de statuts juridiques, conjugués au voisinage d’Etats insulaires souverains, compliquent de facto la maîtrise des espaces maritimes. Dans ce cadre-là, certains trafiquants n’hésitent pas à franchir les frontières maritimes pour transborder leurs marchandises illicites dans des navires cargos à quai, comme cela été l’exemple récent de Trinité-et-Tobago qui a fait l’objet d’une intervention de la marine nationale américaine. Cet État insulaire se situant à proximité immédiate des côtes vénézuéliennes est encore victime de corruption au sein de ses administrations.

Les délimitations et revendications territoriales des espaces maritimes entre ces îles facilitent les flux illégaux de marchandises, notamment les produits classés comme stupéfiants. En effet, en haute mer (dite « eaux internationales ») le droit maritime internationale rappelle que seuls les navires gouvernementaux peuvent procéder à l’interception de bateaux dès lors qu’ils considèrent être en infraction aux lois de mer, et seulement pour les actes de piraterie, de trafic d’être humain, de trafic d’armes et de trafic de stupéfiants.

Une difficile coordination des acteurs historiques avec des Etats côtiers

Outre un certain interventionnisme sur les zones de production de la cocaïne, la neutralisation des bateaux des trafiquants s’est étendue aux côtes atlantiques de l’Amérique centrale. Les garde-côtes, l’US Navy et la DEA (drug enforcement agency) interagissent également dans les îles du sud des petites Antilles, notamment Trinidad-et-Tobago et la Grenade qui se trouvent à proximité immédiate du Venezuela. Ces actions demeurent possibles pour les navires américains grâce à la signature d’accords bilatéraux signés entre les Etats-Unis et les Etats insulaires en question.

La récente intervention militaire des Etats-Unis au Venezuela en vue de l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro, fait la démonstration d’un principe de souveraineté extra-territoriale dans la doctrine de protection des Etats-Unis à travers la « doctrine Monroe ». Cette doctrine vieille de deux siècles consacre la protection du continent américain par les Etats-Unis et non plus par les pays colonisateurs européens. Cette démonstration de force militaire, unilatérale de la part des Etats-Unis, dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic, fait la démonstration de l’absence de volontarisme dans la coordination dans cette lutte. En effet, les pays européens impliqués dans les Caraïbes ne bénéficient pas de ce principe d’extraterritorialité dans leur législation nationale.

L’engagement d’une force maritime américaine, appuyée par des moyens aériens et de renseignement, montre également la capacité logistique et militaire d’intervention des Etats-Unis dans un temps court sur cette partie du continent américain.

 

La lutte contre le narcotrafic et la maîtrise des mers n’est en revanche pas une priorité absolue pour tous les pays dotés d’une marine nationale océanique.

Quand la Marine nationale française a dans cette région du globe priorisé cette mission (cf : Marine nationale en méditerranée dans la gestion des flux migratoires et le secours en mer, ou dans le Pacifique dans la lutte contre la pêche illégale),l’exemple du Royaume-Uni qui dispose encore de nombreuses possessions dans les Antilles, démontre toutefois une implication très modeste de la Royal Navy dans la lutte contre le narcotrafic. Cette situation s’explique pour plusieurs raisons :

  • les difficultés de recrutement de marins professionnels et donc d’armement des navires de la Royal Navy ;
  • la large autonomie concédée à ces îles antillaises souvent classées comme étant des paradis fiscaux ;
  • La Royal Navy n’a plus qu’un rôle de maintien de la souveraineté nationale au titre de la défense de ces territoires antillais, et de secours aux habitants de ces territoires dans le cas de catastrophes naturelles.

De même, les législations nationales en matière de consommation de stupéfiants varient énormément, y compris au sein de l’Union européenne, comme par exemple l’Espagne et les Pays-Bas qui autorisent la consommation de certaines drogues sous certaines conditions.

 

A l’inverse des Etats-Unis, certains Etats côtiers de la mer des Caraïbes, ne disposent que d’une modeste Marine nationale et souvent de l’absence d’une police d’Etat en mer. La Grenade et Trinidad-et-Tobago sont souvent complaisants à la recherche d’une paix sociale et politique, voire d’une corruption manifeste de ses décideurs politiques et/ou de ses administrations. Dans d’autres cas, on peut considérer que ces micro-Etats souverains se reposent sur un principe de délégation de certains de leur puissance maritime aux Etat-Unis ou aux puissances européennes présentes dans les Antilles. C’est le cas de la Dominique et de Sainte-Lucie, en plus des Etats cités précédemment.

Comme il l’a été mentionné précédemment, les îles du sud des petites Antilles ont une vulnérabilité accrue, liée à leur proximité immédiate du Venezuela. Alors que l’arc des petites Antilles facilite le narcotrafic d’île en île depuis le Venezuela, la situation des grandes Antilles (Cuba, St Domingue, Haïti, Jamaïque et Porto Rico) reste préoccupante à cause de l’instabilité de certaines d’entre elles. La situation politique critique en Haïti ne facilite pas la maîtrise des espaces maritimes dans les grandes Antilles. Dans une même idée, Cuba et la Jamaïque ne sont pas non plus des Etats qui coopèrent pleinement dans la lutte contre le narcotrafic. Malgré la présence américaine sur la base militaire de Guantánamo et sa revendication de l’île de Navasse située entre Haïti et Cuba, l’immensité des eaux à contrôler ne permet pas une imperméabilité du dispositif.

Pour faire face à cette problématique la France est à l’origine d’une coopération régionale depuis Saint Domingue, capitale de la République Dominicaine, à travers l’ALCORCA (Appui à la Lutte contre la Criminalité Organisée dans la région Caraïbe). Ce programme vise à renforcer, pour une durée de trois ans (depuis sa signature en 2016), la coopération technique entre la République Dominicaine, Haïti, le Mexique, la Jamaïque, Cuba, et les collectivités ultramarines françaises des Antilles. Ce programme d’échange passe par la mise en place d’une plateforme d’échanges de renseignements, par le renforcement des capacités nationales de contrôle maritime, et par le renforcement des capacités d’action judiciaire. Des avancées ont déjà pu être remarquées, notamment dans la localisation des narco-trafiquants en fuite, mais aussi dans l’identification des navires (notamment les sous-marins) et des ports les plus impliqués dans ces narco-trafics (notamment Philipsburg à Sint Maarten).

Une prise en compte des nouvelles routes de trafic des organisations criminelles

Les Etats-Unis disposent d’une Marine nationale forte, d’une direction des garde-côtes en mer comme dans le ciel tout aussi bien équipée, mais en plus d’une direction de lutte contre les trafics de stupéfiants (DEA). Leur proximité géographique facilite ce narco-trafic à travers les Etats d’Amérique centrale (avec ou sans leur concours direct), avec pour autre finalité l’interférence dans le bon fonctionnement des institutions et de la politique américaines.

Alors que précédemment les transbordements de produits stupéfiants se réalisaient par les airs ou mer depuis les côtes d’Amérique du sud vers les grandes Antilles pour rejoindre le sud des Etats-Unis, mais aussi par la route à travers le Mexique, les trafiquants de drogues se sont réorganisés pour canaliser leurs transbordements à travers un montage complexe au sein des petites Antilles dont les habitants sont également de gros consommateurs (4% de la population des Antilles françaises déclarent avoir déjà consommé des drogues autre que le cannabis – OFDT 2020). La France est directement concernée sur l’île de Saint-Martin, car pour rappel la partie sud de cette île est une possession néerlandaise, ce qui en fait un lieu privilégié à la fois pour le transbordement des produits illicites et leur consommation, mais aussi un lieu de blanchissement de l’argent tiré de ces trafics, à travers les nombreux casinos situés dans la partie néerlandaise, et les touristes qui séjournent sur ce territoire.

Le Honduras, à travers ses frontières terrestres avec le Mexique, est devenu un producteur et un exportateur de premier choix pour les trafiquants de drogue à destination des consommateurs aux Etats-Unis. Cette manœuvre terrestre permet de multiplier les sources d’approvisionnements et de donc de réduire les risques d’interception des cargaisons. A cette heure, seul le Royaume-Uni, à travers sa base militaire permanente au Bélize, est actif dans la lutte contre le narcotrafic sur les frontières terrestres d’Amérique centrale. Les Etats-Unis disposaient de bases militaires au Panama jusqu’à la cession de l’exploitation du canal éponyme et le départ des troupes en 1999 (des pourparlers sont en cours pour le retour de troupes américaines depuis le printemps 2025). Néanmoins, la France dispose de nombreux moyens policiers et militaires en Guyane française pour limiter l’action des narco-trafiquants vers le Brésil ou à travers les ports français de ce territoire ultramarin. 

Face à cet interventionnisme de masse de la part des Etats-Unis, les producteurs et exportateurs de Cocaïne ont été obligés de s’adapter en empruntant de nouvelles routes de transport vers l’Amérique du nord et vers l’Europe. Les ports du Brésil sont hors du champ de contrôle des marines occidentales et les petits Etats insulaires des Antilles (Etats déjà mentionnés précédemment) sont faibles en termes de dissuasion et de moyens de maîtrise de leurs eaux territoriales. La conjugaison de la présence des Antilles néerlandaises au large des côtes vénézuéliennes et des Etats insulaires indépendants des petites Antilles facilitent la dissimulation des trafics et les transbordements de drogues en mer comme à terre d’île en île. La pratique de la langue créole antillaise à base lexicale française dans la plupart des îles du sud des petites Antilles est aussi un moyen de dissimuler les communiquer et de faciliter les échanges (de Trinité-et-Tobago jusqu’à la Guadeloupe).

Le transbordement depuis des petits ports antillais (hors territoires occidentaux) et le transbordement d’île en île jusqu’aux grands ports occidentaux des Antilles (Fort-de-France et Point-à-Pitre notamment, mais aussi Philipsburg à Sint Maarten) sont devenus un modus operandi fréquent. La destination finale de ces cargos a également été modifiée pour transiter vers l’Afrique occidentale, dont les pays ne sont pas producteurs et qui ont organisé leur commerce maritime avec l’Europe occidentale de longue date. Malgré des évolutions positives non négligeables en termes de contrôle douanier et de sûreté portuaire les ports de Conakry en Guinée et de Dakar au Sénégal souffrent encore de la corruption.

Outre cette problématique ancienne dans la mer des Caraïbes, liée au trafic de cocaïne, d’autres pays producteurs de stupéfiants, dans d’autres régions du globe, utilisent les mêmes procédés pour le transbordement et l’exportation de ces drogues. Les Antilles françaises devraient initier une prise en compte accrue de la métropole dans cette problématique qui touche le territoire national dans son ensemble. L’activité de transbordement maritime antillais à destination des grands ports maritimes (GPM) de la métropole fait la démonstration d’un usage courant de ce moyen d’importation de la cocaïne, notamment à travers les GPM du Havre et de Marseille (dernière opération en date du 23 décembre 2025 sur le port du Havre avec la saisie de 874 kg de cocaïne pour un valeur marchande estimée à 11 millions d’euros). La réelle fusion des entités de police judiciaire et administrative de l’Etat dans une direction unique de garde-côtes semble être la seule solution viable à terme. C’est également le cas pour la coopération entre les Etats européens impliqués, conjuguée à la coopération avec plusieurs Etats depuis la signature de l’ALCORCA. La dynamique américaine dans la lutte contre le narco-trafic fait la démonstration d’une prise en compte de cette problématique dès lors que la conjugaison de moyens est mise en œuvre.  Toutefois, on peut considérer qu’à travers cette implication régionale, les Etats caribéens sont à la recherche d’une crédibilité sur la scène internationale, et d’une stabilité de leurs institutions face à la corruption de leurs administrations et à la présence de la criminalité organisée sur leur territoire.

Charles-Edouard Despret analyste au sein de la commission des affaires maritimes de l’INAS

 

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